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Promotion Santé Suisse

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« Un échange entre professionnel·le·s est extrêmement important pour reconnaître les synergies »

Entretien

« Un échange entre professionnel·le·s est extrêmement important pour reconnaître les synergies »

La hausse des coûts de la santé, les ressources limitées et les défis croissants rendent la collaboration plus importante que jamais. Dans cette interview, Michael Tschäni, chef de projet en politique de santé chez prio.swiss, explique pourquoi la prévention ne peut réussir que collectivement et quel potentiel réside dans un échange renforcé entre les acteurs.

 

Dans le débat actuel sur la politique de santé, les primes en hausse, les objectifs de coûts et les EFAS sont au premier plan. La prévention et la promotion de la santé sont souvent mises de côté. Quel rôle les assureurs-maladie peuvent-ils jouer pour que la prévention ne soit pas seulement perçue comme un facteur de coût, mais comme un investissement à long terme ? 
La prévention est pour nous, les assureurs-maladie, plus qu'un simple facteur de coût. En particulier pour des mesures clairement définies comme les programmes de dépistage, il est facile de comprendre qu'une maladie cancéreuse détectée tôt peut être traitée de manière moins invasive, plus efficace et moins coûteuse. C'est pourquoi ces mesures sont incluses dans le catalogue des prestations de l'assurance obligatoire des soins (AOS).  

Pour des approches plus larges, comme la promotion de l'activité physique ou le renforcement des compétences en santé, leur utilité est moins immédiatement visible. En abordant cette perspective dans leurs magazines, applications ou podcasts et lors des consultations, les assureurs maladie contribuent à sensibiliser la population et à encourager chacune et chacun à adopter une démarche préventive. 

prio.swiss souligne que la prévention peut aider à réduire les coûts de santé futurs. En parallèle, le financement de nombreuses mesures de prévention et de promotion de la santé est incertain ou basé sur des projets. Quelles options réalistes voyez-vous pour garantir durablement de telles mesures (par exemple AOS, Confédération, Promotion Santé Suisse, etc.) ? 
L'AOS rembourse les prestations qui sont attribuées à une personne assurée et qui remplissent les critères d'efficacité, d'économicité et d'adéquation. De telles prestations préventives peuvent être remboursées par l'AOS. Cependant, l'AOS en tant qu'assurance sociale ne devrait pas être excessivement sollicitée dans l'intérêt des assuré·e·s. Car de nombreuses mesures de promotion de la santé agissent au niveau sociétal : campagnes de sensibilisation sur une alimentation saine, offres de conseils accessibles ou un espace public qui facilite la marche à pied. Des biens communs comme ceux-ci relèvent de la responsabilité des pouvoirs publics – complétés de manière judicieuse par des contributions du secteur économique et de la société. Il est crucial que les projets pilotes, qui sont absolument nécessaires en politique, soient conçus dès le départ pour une durée suffisante afin qu'ils puissent être intégrés dans un financement régulier en cas de bénéfice prouvé.  

Promotion Santé Suisse est aujourd'hui financée, entre autres, par une contribution par personne assurée par l'AOS. Ce modèle est-il suffisant face à l'augmentation des maladies chroniques, des charges psychologiques et des inégalités sociales – ou nécessite-t-il selon vous une adaptation ? 
Les assureurs-maladie perçoivent la contribution pour Promotion Santé Suisse en tant que gestionnaires. Le montant de la contribution est ancré dans l'article 20 de la LAMal. Que des défis croissants ou nouveaux nécessitent une adaptation est finalement une question politique. En revanche, d'autres défis disparaissent et nous devenons plus efficaces dans l'utilisation de nos ressources. 

Il y a encore de la marge de manoeuvre pour optimiser les structures dans le secteur et libérer des ressources. D'un point de vue professionnel, nous aimerions voir davantage de projets de la fondation qui ont un impact préventif plus direct en ce qui concerne l'AOS, c'est-à-dire qui contribuent directement à éviter des évolutions graves de maladies. 

prio.swiss souligne que les assureurs-maladie soutiennent activement les personnes assurées dans le maintien de leur santé. Que pourraient-ils faire concrètement pour mieux atteindre les personnes disposant de ressources financières, linguistiques ou temporelles limitées, alors même qu'elles sont souvent celles qui bénéficieraient le plus des mesures de prévention, mais qui y accèdent le plus difficilement? 
Ces groupes sont eux-mêmes très hétérogènes, c'est pourquoi il faut différentes approches pour les atteindre : par exemple, via des messages sur TikTok pour les plus jeunes ou à travers des offres de conseils et d'autres services intégrés dans les parcours de soins existants.  

Le nouvel article 56a de la LAMal permet aux assureurs de s'adresser spécifiquement à leurs assuré·e·s pour les sensibiliser aux prestations préventives ou aux modèles mieux adaptés pour eux. En effet, dans le cadre de la prise en charge intégrée, les assureurs et les fournisseurs de prestations collaborent et offrent ainsi une aide à l'orientation dans le système de santé complexe. Nous sommes impatients de voir comment les assureurs utiliseront ces possibilités à partir du 1er juillet 2026. 

prio.swiss plaide pour une prévention mieux coordonnée et plus visible. Comment l'association travaille-t-elle concrètement avec la Confédération, les cantons, Promotion Santé Suisse et les autres acteurs pour renforcer la prévention à long terme et faire entrer les projets qui ont fait leurs preuves dans les structures ordinaires ?
prio.swiss se considère comme un partenaire ouvert et actif dans le paysage de la prévention. Nous apportons notre expertise, par exemple, à l'élaboration de la stratégie nationale sur les maladies non transmissibles (MNT) et la dépendance. De plus, les assureurs comptent trois membres au Conseil de fondation de Promotion Santé Suisse.  

Il est important pour nous que les approches qui ont fait leurs preuves ne restent pas isolées, mais soient intégrées dans les structures existantes, notamment là où prévention et soins sont pensés de manière plus étroitement coordonnée. À ce titre, nous sommes membres de Navital, le guide PME pour la santé psychique, un projet de Promotion Santé Suisse.

Promotion Santé Suisse tente de renforcer la coordination des acteurs clés dans le développement de la prévention avec la nouvelle conférence des acteurs. Où voyez-vous le plus grand potentiel de cette conférence ? 
Un échange entre professionnel·le·s est essentiel pour identifier les synergies, utiliser au mieux les ressources disponibles et générer le plus grand bénéfice possible pour la population. Les best practice développées dans un canton devraient ainsi pouvoir être davantage partagées, adaptées et mises à profit dans toute la Suisse. Nous y voyons un réel potentiel et nous réjouissons de contribuer à cet échange.

Quels sont, selon vous, les principaux freins politiques au renforcement de la prévention en Suisse : la répartition des responsabilités entre la Confédération et les cantons, le financement, le manque de preuves d'efficacité ou la crainte d'une hausse des primes ?
Le principal blocage ne réside pas tant dans la question de savoir si la responsabilité revient à la Confédération ou aux cantons, mais plutôt dans le manque de clarté des rôles et des interfaces entre les différents acteurs. Nous fondons beaucoup d'espoir sur la prochaine stratégie globale. La crainte d'une hausse des primes est compréhensible ; en même temps, une prévention efficace et ciblée contribue, à moyen comme à long terme, à éviter ou à réduire les coûts. En tant qu'assureurs, nous prenons cet équilibre très au sérieux.

Pour finir, une question plus personnelle : que faites-vous, à titre personnel, pour préserver votre santé ?
Cette année, je fêterai mes 40 ans, un de ces âges symboliques où l'on commence à se demander quels examens de prévention sont réellement utiles. Je vais donc m'informer et ne réaliser que ceux qui sont effectivement recommandés. Par ailleurs, j'aime faire du sport. Le padel me permet non seulement de bouger, mais aussi de déconnecter et de me ressourcer. Cet équilibre mental est, pour moi, l'un des meilleurs moyens de prendre soin de sa santé.